Le châssis Cr-Co (chrome-cobalt, dit « stellite ») peut être obtenu par coulée à la cire perdue (voie traditionnelle), par fraisage soustractif d’un bloc pré-fritté ou massif, ou par frittage laser sélectif (SLM, fabrication additive métallique). Les trois voies produisent un châssis fonctionnellement équivalent si la conception est correcte, mais elles diffèrent sur la tolérance dimensionnelle, l’état de surface brut et la facilité de reprise en cas d’écart d’ajustage. Le fraisage et le frittage laser réduisent la variabilité liée au retrait de coulée, sans supprimer le besoin d’un tracé de conception rigoureux en amont.
Trois voies de fabrication, un même cahier des charges
Quelle que soit la technique retenue, le châssis métallique doit assurer les mêmes fonctions : transmettre les forces occlusales aux dents supports via les appuis, assurer la rétention par les crochets, relier les éléments par un connecteur rigide et indéformable, et supporter les selles qui portent les dents artificielles. La différence entre coulée, fraisage et frittage laser ne porte pas sur ces fonctions mais sur la façon dont la géométrie planifiée devient un objet métallique réel — et sur les écarts que cette transformation introduit.
Coulée à la cire perdue
Voie historique : un modèle en cire (manuelle ou imprimée en 3D depuis un design numérique) est mis en revêtement, puis le métal est coulé par centrifugation ou pression après élimination de la cire. Le retrait de coulée du chrome-cobalt, rapporté dans la littérature à environ 2 à 2,5 % selon l’alliage et le protocole de coulée, doit être compensé par le revêtement utilisé. Ce retrait n’est jamais parfaitement uniforme : il dépend de la géométrie de la pièce, de l’épaisseur des différentes parties du châssis, et de la vitesse de refroidissement. Le résultat est un état de surface brut plus irrégulier, nécessitant sablage et polissage pour retrouver une surface lisse et hygiénique.
Fraisage soustractif
Un bloc de Cr-Co, pré-fritté (métallurgie des poudres, puis frittage après usinage) ou massif, est usiné par une fraiseuse 4 ou 5 axes à partir du fichier de conception numérique. Il n’y a pas de retrait de coulée à compenser dans le cas d’un bloc massif fraisé directement à la cote finale. Pour un bloc pré-fritté, un retrait de frittage existe mais il est mieux maîtrisé et plus reproductible qu’un retrait de coulée, car il ne dépend pas de la géométrie complexe d’une pièce en cire mais d’un cycle thermique standardisé sur un matériau homogène. L’état de surface obtenu directement au fraisage est généralement plus régulier qu’un état de coulée brut, ce qui réduit le temps de polissage.
Frittage laser sélectif (SLM/DMLS)
Un laser fusionne localement une poudre de Cr-Co couche par couche selon la géométrie numérique, construisant la pièce par apport de matière plutôt que par soustraction. Cette voie permet des géométries complexes difficiles à obtenir en fraisage (contre-dépouilles, structures fines) sans les contraintes du retrait de coulée. La pièce brute de frittage nécessite un traitement thermique de détensionnement puis un polissage, car l’état de surface issu du procédé laser reste rugueux (effet de couches visibles à l’œil nu avant finition).
Ce que chaque voie change réellement à l’ajustage au fauteuil
La question qui intéresse le praticien n’est pas la technologie en soi, mais ce qui se passe le jour de l’essayage du châssis en bouche.
| Critère | Coulée | Fraisage | Frittage laser |
|---|---|---|---|
| Source d’écart dimensionnel principale | Retrait de coulée variable selon géométrie et revêtement | Retrait de frittage (si bloc pré-fritté), sinon quasi nul (bloc massif) | Retrait de frittage + contraintes internes du procédé laser |
| État de surface brut | Irrégulier, nécessite sablage/polissage important | Plus régulier, polissage réduit | Rugueux (effet de couches), polissage et détensionnement nécessaires |
| Reprise en cas d’écart d’appui/crochet | Retouche manuelle classique (meulage, ajout de métal par soudage/laser) | Retouche manuelle possible ; nouvelle pièce refaisable rapidement en réusinant le fichier | Retouche manuelle possible ; nouvelle pièce refaisable depuis le même fichier numérique |
| Reproductibilité d’une pièce à l’autre | Variable (dépendante de l’opérateur et du cycle de coulée) | Élevée (process numérique standardisé) | Élevée (process numérique standardisé) |
Le point clé pour le praticien : un châssis fraisé ou fritté laser mal ajusté au fauteuil résulte presque toujours d’une erreur de conception ou d’empreinte en amont (logette d’appui mal préparée, dépouille insuffisante, tracé du connecteur inadapté à l’anatomie), pas d’une imprécision de fabrication propre à la machine. À l’inverse, un châssis coulé peut présenter un écart lié au procédé lui-même (déformation au démoulage, retrait non compensé) en plus d’une éventuelle erreur de conception. Cela ne signifie pas que le fraisage ou le frittage laser dispensent d’une conception rigoureuse — au contraire, ces techniques transmettent fidèlement une erreur de tracé, sans la « corriger » par un phénomène de coulée qui, occasionnellement, compensait un tracé imparfait par hasard.
Conception du châssis : ce qui ne change pas avec la technologie
Quelle que soit la voie de fabrication, la conception du châssis obéit aux mêmes principes biomécaniques :
Tracé et appuis occlusaux
Chaque dent support reçoit un appui occlusal (repos métallique) positionné dans une logette préparée par le praticien, suffisamment profonde pour ne pas créer d’interférence occlusale et suffisamment large pour répartir la charge sans fragiliser la dent. L’appui transmet les forces verticales dans l’axe de la dent, protégeant le parodonte d’un enfoncement du châssis dans les tissus mous en zone d’extrémité libre (classes I et II de Kennedy).
Moyens de rétention
Le choix du type de crochet (circonférentiel, en I, en T, en anneau) dépend de la classe de Kennedy, de la morphologie de la dent support et de l’exigence esthétique de la zone. Un crochet mal dimensionné ou positionné sur une zone de dépouille insuffisante ne rétentera pas correctement, indépendamment de la précision de fabrication du châssis.
Décolletage
Le décolletage désigne le dégagement du châssis au niveau du collet des dents bordant la selle, pour éviter tout contact métallique irritant la gencive marginale et permettre le passage de la brossette de nettoyage. Ce dégagement est un paramètre de conception numérique ou de tracé sur modèle, indépendant de la technique de fabrication choisie ensuite.
Selles
La conception de la selle (rétentions pour la résine, étendue de recouvrement de la crête) détermine la solidarisation entre le châssis métallique et la base résine qui portera les dents artificielles. Une selle sous-dimensionnée en rétentions se traduit par un descellement de la résine, quelle que soit la précision du châssis métallique lui-même.
Pourquoi ce domaine reste peu numérisé
Contrairement à la couronne unitaire ou au bridge, la prothèse partielle métallique reste, dans une large partie de la pratique courante, encore conçue sur modèle en plâtre avec tracé au crayon et duplication en revêtement — même quand le laboratoire dispose par ailleurs d’un flux numérique pour la prothèse fixe. Plusieurs facteurs expliquent ce retard relatif :
- Complexité du tracé : la conception d’un châssis exige une analyse fine des dépouilles, souvent réalisée au paralléliseur sur modèle physique, une étape que les logiciels de CAO ont mis plus de temps à automatiser correctement que le design d’une couronne.
- Empreinte de l’édentement partiel : contrairement à une préparation dentaire nette, les logettes d’appui et les dents supports mobiles ou parodontalement fragilisés sont plus délicates à capturer fidèlement au scanner intra-oral qu’en empreinte physique, en particulier en zone d’extrémité libre où la muqueuse est déformable.
- Coût et volume : la prothèse partielle métallique reste un marché plus restreint que la couronne unitaire, ce qui a ralenti l’investissement des éditeurs de logiciels CAO dans ce module spécifique.
Ce qui a changé récemment : les modules dédiés de conception de châssis (type Partial Designer chez exocad, ou les modules équivalents chez 3Shape) intègrent désormais une détection automatisée des dépouilles et une proposition de tracé, combinée au fraisage ou au frittage laser en sortie. Le flux numérique complet pour la prothèse partielle métallique existe donc, mais son adoption reste moins généralisée que pour la prothèse fixe, et beaucoup de laboratoires continuent de combiner empreinte physique et fabrication numérique en aval (scan du modèle en plâtre puis fraisage ou frittage).
Ce que le praticien doit fournir au laboratoire pour un châssis correct
- Empreinte précise de l’arcade concernée, physique (silicone, technique adaptée à l’extrémité libre) ou numérique selon ce que le laboratoire peut exploiter pour ce type de cas.
- Préparation des logettes d’appui réalisée en bouche avant l’empreinte, avec une profondeur et une forme adaptées (cuillère, arrondie) plutôt qu’une simple encoche superficielle.
- Dents supports évaluées cliniquement : mobilité, état parodontal, contre-dépouilles naturelles à signaler au laboratoire.
- Empreinte ou scan de l’arcade antagoniste et enregistrement de l’occlusion, indispensables pour vérifier l’espace disponible pour les éléments du châssis sans interférence occlusale.
- Prescription du type de rétention souhaité si une exigence esthétique particulière existe (crochet visible à éviter en zone antérieure, par exemple).
Ce qu’il faut vérifier auprès de votre laboratoire
- Quelle voie de fabrication (coulée, fraisage, frittage laser) le laboratoire utilise-t-il par défaut pour les châssis Cr-Co, et pourquoi ?
- La conception du châssis est-elle réalisée sur modèle physique au paralléliseur, ou en CAO avec détection numérique des dépouilles ?
- En cas d’écart d’ajustage au fauteuil, le laboratoire peut-il identifier si la cause est une erreur de conception, une erreur d’empreinte, ou un aléa du procédé de fabrication ?
- Quel délai de reprise est possible si un appui ou un crochet doit être repositionné après essayage ?
- Le laboratoire demande-t-il une préparation spécifique des logettes d’appui avant l’empreinte, ou les localise-t-il lui-même sur le modèle ?
- Pour les cas d’extrémité libre (classes I et II de Kennedy), quelle technique d’empreinte (mucostatique, mucodynamique, à charge sélective) le laboratoire recommande-t-il pour ce type de châssis ?
Pour aller plus loin
Un cas à confier à un laboratoire ? Remplir la fiche de liaison.
















































